Quelle histoire

C’est une bien longue et bien surprenante histoire que l’histoire du  tabagisme où vie et mort sont intimement liés, la vie du tabagisme étant bien souvent liée à la mort  de celui qui s’y consacre.

L’histoire du tabagisme commence en 1492 lorsque des aventuriers espagnols, les fameux conquistadores découvrent le nouveau monde .Ils sont surpris de voir les indigènes utiliser de petits cylindres noirâtres, allumés par un bout et dont ils aspiraient la fumée par l’autre bout. Ils appelaient ces cylindres Tabaccos ou Tabanos. C’est le Tabaco (île des Antilles) ou le Tabasco (Mexique). Les Espagnols l’appelleront Tabago, nous l’appellerons Tabac.

Déjà sur la caravelle qui le ramenait victorieux du Nouveau Monde en Espagne, Christophe Colomb (italiens pour les uns, espagnol pour les autres) était surpris de voir certains de ses marins fumer et il faisait la réflexion suivante rapportée par Las Casas.

« Il n’était plus en leur pouvoir de s’empêcher de céder à cette habitude », il poursuit en écrivant que Christophe Colomb était étonné de voir les gens fumer « quant au profit qu’ils peuvent trouver, je l’ignore ».

Christophe COLOMB ne savait pas qu’il rapportait le germe de la plus importante pandémie connue de l’Histoire et qu’il allait donc être à l’origine d’un véritable massacre mondial qui allait se perpétuer jusqu’à nos jours faisant aujourd’hui un mort toutes les 6 secondes.

En 1518, le tabac se répand en Europe.

En 1556 André Thevet d’Angoulême l’apporte en France.

En 1558, Jean Nicot ambassadeur de France au Portugal le cultive dans son jardin. En 1560, il en envoie à Catherine de Médicis veuve du roi Henri II ; celle-ci  va lancer la mode du tabac. C’est un véritable enthousiasme. Les faux savants vont servir de complice et ouvrir au tabac les chemins de sont éclatante fortune : selon eux, le tabac guérit tous les maux « migraines, fluxions, goutte, plaies, morsures de chien enragé ». Les cas de guérison étaient nombreux mais les cas d’empoisonnement ne l’étaient pas moins.

Très vite aussi les détracteurs vont apparaitre et s’opposer aux zélateurs : tous aussi passionnés les uns que les autres. En effet : dès le début, le tabagisme va susciter des passions. Pour ou contre.

Parmi les thuriféraires on compte de nombreux médecins.

C’est ainsi que le médecin hollandais Johan NEANDER (1596-1630) voit dans le tabac une petite panacée. Il affirme que le tabac apaise la faim et la soif, qu’il peut servir d’antidote.

Dans l’édition française de cet ouvrage traduit pas Jacques VEYRAS et publiée en 1626 sous le titre « Traité du tabac ou Nicotiane, Panacée, Pétun » on trouve l’éloge du tabac et de son usage pour les pathologies d’alors : par exemple : « l’herbe du tabac cuite dans du vin guérit heureusement la méchante teigne ». Dit dans la bouche d’un médecin et avec la force de l’écrit dans un livre : on serait presque forcé de le croire !

A côté des thuriféraires il y a les opposants, les détracteurs. Parmi eux Louis LEWIN. Dans son livre Phantastica Encyclopédie des drogues (édité en 1590 et qui vient d’être réédité en 2014 et analysé dans notre lettre) ; Louis LEWIN savant autoproclamé écrit que « les étudiants de la Faculté de médecine de Hollande passaient leur temps à l’état de fruits secs dans les locaux où on fumait ». Il précise que la Faculté condamnait le tabac au motif qu’il « noircissait le cerveau ».

Pareil en Angleterre où le chef des détracteurs n’est autre que le roi Henri VIII qui en 1509 menace de fouet ceux qui feraient usage du tabac. Sa fille, la reine Elisabeth 1er qui régnera de 1558 à 1603 poursuivra cette lutte en faisant confisquer pipes et tabatières.

Nous arrivons au XVIIème siècle. En Angleterre le roi Jacques 1er, roi d’Angleterre et d’Irlande de 1603 à 1625, écrit en 1619 un livre intitulé Misocapnos pour combattre cette « herbe sale et puante ».Très vite, se rendant compte qu’il peut tirer profit du commerce du tabac, il instaure un impôt de 6 schillings et 10 pence par quintal de tabac.

 Louis XIII roi de France de 1610 à 1643 va rapidement l’imiter : et c’est Arnaud Jean Duplessis, cardinal de Richelieu, chef du conseil du roi qui le 1er en France taxe le tabac : imitant Jacques 1° il impose 600 sous à verser à l’Etat par quintal de tabac.

Quand Louis XIV fils de Louis XIII lui succèdera, son secrétaire d’Etat, Colbert, affermera le monopole du tabac en 1674. La vente du tabac es alors exclusivement réservée au Roi c’est-à-dire à l’Etat.

Le premier bail français du tabac date donc de 1674.

Ce monopole sera aboli en 1791, mais très vite, le nouvel ETAT le rétablira par les décrets de 29 décembre 1810 et du 21 janvier 1811. La fête révolutionnaire est finie.

Le tabagisme arrive ainsi au XIXème siècle.

Les buralistes sont titularisés par l’administration, rétribués par la majoration des prix qu’ils sont autorisés à pratiquer lors de la vente. Les cigarettiers ne restent pas inactifs : 1843 voit apparaitre la première cigarette, nouvelle mode de consommation du tabac.

En 1856 la France consomme 1,6 millions de kg de tabac soit un CA de 1 500 000F, sur lequel l’Etat gagne 100 millions de F.

En 1877 est lancé le « Bulletin de la Société antitabac ». C’est l’ancêtre de la lettre que nous éditons (lettre T&L).Ce bulletin était imprimé au 38 rue Jacob. L’abonnement était de 10F/an.

Le tabagisme débarque au XXème dans une atmosphère de fourberie. Il est toujours adoré par les uns, critiqué par les autres mais les instigateurs du tabagisme se professionnalisent et vont faire encore développer le tabagisme malgré la connaissance des risques qui vont être établis de façon scientifique. Les cigarettiers vont alors professionnaliser leur commerce et cela de façon criminelle. Ils connaissent en effet les dangers de leur produit, ils vont les nier et/ou semer le doute.

En 1953, les travaux épidémiologiques de DOLL et HILL font l’objet de l’éditorial du New England Journal of Médecine et concluent : « la preuve d’une association entre cigarette et cancer du poumon doit être considérée comme une preuve au sens le plus courant du terme ». Concernant les effets cardio-vasculaires, les mêmes travaux de DOLL en 1955 établissaient que tous les millions de cigarettes fumées on observait un décès par AVC ou BPCO.

Les cigarettiers connaissent la vérité et la nient effrontément pour ne pas perturber leurs profits.

Nous voici donc arrivés au XXIème siècle, le tabagisme a plus de 500 ans d’existence. Il semble bien installé dans notre monde. Chaque année en France 64 millions de tonnes de tabac sont vendues : 84% sous forme de cigarettes soit 54 milliards de cigarettes par an (54 milliards de mégots ou encore 2,7 milliards de paquets par an). Dans le monde, le tabagisme concerne 1 milliards de fumeurs, c’est la plus grande pandémie planétaire que nous ayons jamais connue. Le tabagisme va tuer cette année 6 millions de personnes, plus que le palu, sida, guerre, terrorisme réunis.

Pendant le XXème siècle, le tabagisme a été responsable de la mort de 100 millions de personnes.

Pendant le XXIème siècle, le tabagisme pourrait en tuer 1 milliard. Chaque jour, dans le monde, 1 milliard de fumeurs inhalent une fumée toxique. Une cigarette contient 10 mg de goudron, il se fume 6 000 milliards de cigarettes par an soit l’équivalent de 60 milliards de kilo de goudron qui sont déversés chaque année dans les poumons des fumeurs.

Ce tabagisme permet aux cigarettiers d’engranger d’énormes profits. En 2005, l’action Altria Groupe valait 12 euros, en 2015, elle en vaut 44 : multiplié par 4 en 10 ans. Pour Phillip Morris, l’action en 2009 valait 25€, en 2015, elle en vaut 75 : multiplié par 3 en 6 ans.

Le  tabagisme profite aussi aux buralistes : En 2013, ils ont reçu 225 millions d’euros d’aide de l’Etat pour compenser l’interdiction de fumer dans les lieux publics alors que le CA moyen des débitants liés au tabac a progressé de 44% entre 2002 et 2011.

L’ETAT bénéficie lui aussi du tabagisme et encaisse 14 milliards d’euros cash/ an.

Et pendant ce temps, dans le monde, le tabagisme terrasse impunément un fumeur toutes les six secondes !!

Quelle histoire !

Dr Pierre Rouzaud
A propos de

Toxicologue
Docteur en Médecine, en Pharmacie, Ingénieur des Sciences
Président de Tabac & Liberté, Toulouse, France

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