La croisée des chemins

En cette rentrée, la France est à la croisée des chemins en matière de lutte contre le tabagisme. Plus que jamais, ce fléau industriel frappe notre pays. Les derniers chiffres de l’enquête Eurobaromètre sur l’attitude des Européens à l’égard du tabac, publiée par la Commission européenne récemment, sont particulièrement préoccupants.

Si la prévalence tabagique recule dans la plupart des pays de l’Union européenne, la France a le triste record d’augmentation de celle-ci : + 5% depuis 2012. Avec 32% de fumeurs, notre pays se rapproche ainsi dangereusement de la Grèce (38%) et de la Bulgarie (38%).

Alors que la consommation de Chicha régresse dans une majorité de pays européens, elle augmente de plus de 5% dans trois pays, dont la France.

Pendant que l’exposition au tabagisme dans les bars, restaurants et autres lieux publics couverts et clos, diminue dans presque toute l’Union, la France et cinq autres pays connaissent une hausse marquée de celle-ci.

Tandis qu’une majorité de pays européens continuent à voir baisser le tabagisme passif dans les lieux de travail, notre pays s’inscrit parmi les douze mauvais élèves pour lesquels le mouvement contraire est à l’œuvre.

Face à ce sombre tableau, les décideurs publics doivent réagir pour contrer ce fléau industriel du tabac qui tue prématurément 78 000 de nos compatriotes chaque année.

A la rubrique positive, il convient de noter l’ambition du Programme National de Réduction du Tabagisme (PNRT) et la portée des dispositions législatives, inspirées par lui, qui ont été adoptées en première lecture par l’Assemblée Nationale en mars dernier. Paquet neutre, interdiction de la publicité sur le lieu de vente, interdictions des arômes et des additifs, régulation du vapotage, obligations renforcées de transparence pour le secteur tabac, interdiction de fumer dans un véhicule en présence d’un mineur, fonds de prévention… Autant de mesures cohérentes et qui pourraient porter leurs fruits.

Encore faudrait-il que ce processus législatif ne s’enlise pas. Sous la pression du lobby du tabac et de ses relais habituels, la Commission des affaires sociales du Sénat a supprimé cet été l’essentiel de ces dispositions. Certes, le dernier mot reviendra à l’Assemblée Nationale qui devrait confirmer son vote initial, mais quelle tristesse de constater que tant de parlementaires oublient ainsi le mandat qui leur a été confié pour se faire les stipendiés d’intérêts privés au cynisme éprouvé.

Autre triste exemple de cet oubli de l’intérêt général, l’adoption, à l’automne dernier, d’une réforme de la fiscalité du tabac directement inspirée par l’industrie du tabac et ses assujettis. Portée par des parlementaires de tous les partis, soutenue par le Secrétaire d’Etat au Budget Christian Eckert obéissant semble-t-il à une instruction venue directement de l’Elysée, cette modification a cassé le mécanisme de hausse automatique des prix, augmenté les revenus de l’industrie du tabac et nui aux finances publiques et aux comptes sociaux. Or, le Rapport de l’OMS sur l’épidémie de tabagisme 2015 démontre, si cela est encore nécessaire, que l’augmentation de la taxation du tabac est le moyen le plus efficace pour réduire la prévalence tabagique.

Malheureusement l’absence de toute mesure fiscale, tant dans le PNRT que dans le projet de loi santé, ainsi que la tétanisation apparente de nos dirigeants sur ce point, laissent mal augurer des débats budgétaires qui s’ouvriront à l’automne.

Enfin, les atermoiements de l’exécutif sur la question de la création d’un fonds dédié à la prévention du tabagisme ne laissent pas d’inquiéter. Annoncé par le Président de la République début 2014, lors du lancement du troisième Plan Cancer, il est sans cesse repoussé. Pis encore, le Gouvernement s’est opposé à l’amendement porté par Olivier Véran, qui a tout de même réussi à le faire adopter par l’Assemblée Nationale en première lecture. Cependant, l’incertitude règne quant à l’attitude de l’exécutif lors de la suite du processus législatif en cours sur ce dossier. Ce retard, pour ne pas dire plus, est particulièrement préoccupant pour les associations œuvrant dans ce domaine de la prévention du tabagisme. Après la disparition de l’OFT, la réduction des financements publics qui touchent nombre d’entre elles dont Tabac et Liberté, il ne faudrait pas que ce fonds arrive trop tard.

Sans doute faudrait-il se résigner à la manière d’Ernest Hemingway, qui écrivait que nous devons nous habituer au fait qu’ « aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n’y a pas de signalisation ».

Pourtant, c’est bien un signal, celui de la volonté des pouvoirs publics de trouver le chemin de la sortie du tabac, que nous attendons.

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